Myriam Leroy se rabiboche avec Nivelles

En 2018, Myriam Leroy frôle de si près le Goncourt du premier roman qu’on imaginait déjà le bandeau rouge draper Ariane avec une fierté nationale non simulée. Un Goncourt belge au nez et à la barbe de nos voisins, ténors de la langue qu’ils croient être la leur. Ils auraient eu la coupe du monde de foot, mais nous un prestigieux prix littéraire. Pas la même catégorie, qu’importe ! Toute revanche est savoureuse ! Mais la déception frappe encore …

Frôlé mais pas gagné : Ariane laissera les lauriers au Grand frère de Mahir Guven. A une voix près... N’en déplaise, Myriam Leroy a épaté avec son roman dépeignant une amitié toxique entre deux adolescentes dont le théâtre de ces tyrannies acceptées mais intolérables est … la cité aclote !


Nivelles, ville fictive

Extraits : « Nous habitions Nivelles (…) un gros bourg moche, d’une laideur tout à fait anti-cinématographique. (…) Nivelles ne proposait rien, aucun récit, aucun mythe, rien d’autre que la vacuité d’un agrégat d’habitations dépareillées, d’artères commerçantes de milieu de gamme et de grappes d’êtres humains radicalement identiques. (…) Grandir à Nivelles, c’était s’assurer un horizon étroit comme un chas d’aiguille (…) Aucune star n’était née à Nivelles ; ses plus illustres citoyens étaient des élus locaux chauves à lunettes et à gros pifs, fiers de se dire de droite « par idéal et conviction », charismatiques comme des dentistes. » Ces mots n’illustreraient certes pas une brochure touristique pour Nivelles ! Et n’en ont d’ailleurs pas vocation !

C’est uun roman ! D’ailleurs l’écrivaine n’a pas grandi en bord de Collégiale mais dans un bassin délimité par Wavre, Rixensart et Ottignies. Alors pourquoi avoir choisi Nivelles ? « Il me fallait une unité de lieu… Au départ, j’avais choisi Wavre mais je n’osais pas trop me lâcher sur cette ville parce que j’ai des amis qui y habitent …et que ma maman aime y faire ses courses. Tranquillement ! J’étais un peu bloquée en écrivant parce que j’avais l’impression que Wavre me regardait ! J’ai donc décidé de transposer ça ailleurs… J’ai d’abord pensé à Waterloo mais, pour le public international, ça reste une grande ville historique. J’avais besoin d’une ville de taille moyenne, relativement neutre où la bourgeoisie pouvait côtoyer la ploucitude. Que ce ne soit pas un ghetto mais une ville quand même assez fermée. Alors, j’ai choisi Nivelles, que je connais mal et que j’ai découverte via Google image. » L’auteure a voulu aussi se détacher de sa vie réelle qui aurait nécessité une forme d’exactitude. La cité aclote s’est ainsi imposée comme double fictif de Wavre.

Le Nivelles décrit dans Ariane incarne une ville écornée/écorchée, réminiscence des souvenirs d’une adolescente de 12 ans. Rien de réaliste donc ! Et d’ailleurs, « il y a toujours un monde de différence entre ce dont on se souvient et ce qui a vraiment été. »



Touche pas à ma ville !

L’écrivaine admet avoir été touchée par le mécontentement des Nivellois. « Je sais que ça a fâché parce que ça décrivait négativement leur ville mais aussi à cause de mon manque d’exactitude. J’ai écrit « église »… On me reprenait « mais enfin, c’est une magnifique collégiale ! ». » Certains libraires nivellois auraient d’ailleurs refusé de poser Ariane dans leurs étals. La rancœur s’est d’ailleurs incarnée lors d’une séance de dédicaces. L’écrivaine s’est fait harponnée par un lecteur lui intimant d’écrire « Pour un gros con qui habite Nivelles ». S’y pliant vu l’insistance vociférante du bonhomme, mais annotant tout de même : « écrit sous la contrainte, amicalement… », Myriam Leroy reconnaîtra après coup qu’il s’agissait de Gérard Deprez. Radouci plus tard néanmoins.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’école où Ariane sévit n’est ni l’Enfant Jésus de Nivelles, ni le Cardinal Mercier de Braine l’Alleud mais un agglomérat de ces établissements incluant d’ailleurs le Christ-Roi de Louvain La Neuve. Une école où Myriam Leroy a « subi deux années secondaires », lui inspirant l’image d’une ambiance de « club de gens qui se ressemblent. D’un entre soi ». Merveilleuse absolution, une classe de rétho du Cardinal a d’ailleurs mis en scène son ouvrage, invitant son auteure qui a trouvé ça exceptionnel et digne de professionnels. L’exercice n’était pourtant pas simple vu le peu de dialogues dans le roman.


Myriam Leroy aime son Brabant wallon

Ariane laisse penser que Myriam Leroy abhorre son Brabant wallon natal alors qu’elle en garde une sincère nostalgie. Pas nécessairement comme lieu mais comme le théâtre d’une époque de sa vie « où tout était possible ». D’ailleurs, la journaliste ne déménage vers Bruxelles que vers 23 ans. Pour des raisons professionnelles, évidemment. Mais aussi par souci d’autonomie. Phobique de la conduite automobile au point de s’en évanouir au volant - ou vice versa à cause d’un étourdissement qu’elle craint de se reproduire - Myriam Leroy occupe exclusivement les sièges passagers. Vivre à Bruxelles, c’était se libérer de la dépendance « inconfortable voire insécurisante » de « chauffeurs ». C’était vivre dans une ville où l’on peut se déplacer facilement sans passer par la case « voiture ».


Un lieu culturel ? Le Musée L, le musée universitaire de Louvain la Neuve ! « Sorte de Cathédrale dessinée par quelqu’un d’un peu fou. Le bâtiment est exceptionnel. Avec des espaces de vie, de travail, etc. J’ai été éblouie ! ».

Une ambiance ? Le calme, le chant des oiseaux, la verdure, le jardin de mes parents. « Je me rends compte du coté étriqué des espaces à Bruxelles, des sollicitations sonores permanentes. Plus je vieillis plus je me rends compte du confort de vie qu’on peut avoir dans le Brabant wallon. »


Un resto, à Nivelles ? Maurice, le Limonadier. « Dans cette charmante rue piétonne, j’ai super bien mangé et j’ai trouvé l’endroit très sympathique. »

Une ville ? Louvain la Neuve. « Etudiante à l’UCL, je détestais Louvain la Neuve. Et aujourd’hui, son charme son utopie m’apparaissent. Je trouve que le projet urbain est stimulant intellectuellement. Il y a un côté vaisseau qui témoigne d’un esthétisme d’une époque. Une ville sur pilotis en béton, avec ses fresques. » Aussi, cette nécessaire mobilité douce est rencontrée dans cette ville piétonne. « Louvain la Neuve rassemble théâtres, cinéma, magasins. C’est la seule ville du Brabant wallon où je serais capable vivre, en tant que non conductrice. »

Bref, Myriam Leroy aime le Brabant wallon tant qu’elle peut s’y déplacer facilement. Et pour complètement rabibocher l’auteure avec Nivelles, sachez qu’elle aime beaucoup la tarte al d’jote ! Amis de la Confrérie, le message est lancé !


Caroline Bouton

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