Gil Sottch, un artiste à l’univers singulier

Pendant quelques semaines, Gil Sottch a exposé ses dessins au MONTY, espace citoyen et culturel situé à Genappe. Tantôt réalisateur, tantôt peintre, sculpteur ou designer, il aime jouer avec les idées pour se créer un univers fait de personnages étonnants. Rencontre avec un artiste plasticien qui manipule les formes et les techniques avec brio.


The Nivelles Lovers : À quel moment as-tu commencé à dessiner ?

Gil Sottch : ​Je suis né au Cameroun, dans un petit village situé à 50 minutes de Yaoundé. Né de parents instituteurs, je me suis très tôt intéressé́ aux bandes dessinées américaines et aux ​visuels, illustrations des livres que mes parents, mes frères et soeurs me donnaient ou ​possédaient. J’ai commencé à créer mes propres personnages ​et bandes dessinées à l’âge de sept ans ! Mes frères et sœurs adoraient fabriquer des choses avec du matériau présent dans notre village. Ma grand-mère ​a été́ potière ​à un moment de sa vie et avec ma sœur, nous ​fabriquions divers objets en terre ​ou en argile, des vases, ​des plats... Nous participions aussi à toutes les étapes de production des briques de terres nécessaires à l’édification des bâtiments et maison que mon père ​construisait ! Quand, très tôt, tu participes à ce genre de processus créatif, tu penses le monde différemment. Tu n’y vois que les possibilités. Et dans mon village, il y avait justement un foisonnement de choses à faire, à construire. C’était un environnement très riche et très dynamique. ​Les enfants exploitaient toutes sortes de matériaux et d’objets pour satisfaire leur imagination et envie ou c’était peut-être l’inverse... Aujourd’hui, je continue à m’inspirer du monde qui m’entoure pour créer.



T.N.L : C’est cet environnement qui t’a donné l’envie d’étudier l’art ?

G.S. : Oui, en partie. J’ai rejoint une école d’art italienne au Cameroun, puis, à 19 ans, ​j’ai pu m’expatrier grâce à l’aide précieuse d’un oncle qui me trouvait des qualités. Je voulais apprendre le cinéma d’animation ​et c’est ainsi que j’ai rejoint ​Saint Luc, section arts numériques. Au départ, ​en autodidacte je m’étais formé en bande dessinée et j’avais déjà essayé pleine de choses dans le domaine, je voulais ajouter à mon arc des compétences en cinéma d’animation, mieux comprendre les processus de création et de développement. Pendant ma troisième année d’étude, j’ai fait mon stage dans un studio d’animation, à la suite duquel ils m’ont ouvert leurs locaux pour me permettre de travailler sur mon propre projet : un film d’animation.


T.N.L : Aujourd’hui, ce projet est toujours en cours de développement, entre deux expositions ?

G.S. : Oui, c’est quelque chose qui prend du temps... Il m’arrive de m’octroyer des pauses de ​quelques semaines, histoire de prendre un peu de recul, mais la dernière était plus longue elle a duré 3 ans. Il s’agissait de retourner à mes premières amours que sont la peinture, la sculpture et l’illustration. Les illus exposées à Genappe étaient justement des plans sélectionnés de ce futur film d’animation. J’ai décidé́ d’appeler l’exposition ​Autoportraits, parce qu’il y a un lien fort entre moi et mes personnages. Dans le long processus de création, par moment, tu peux être tenté d’abandonner, mais je ne le fais pas, car mes personnages ont toujours quelque chose à dire. Par moment, je ne sais pas qui contrôle qui,… Très souvent je me sens dominé par eux ​! Certains matins, ce sont eux qui me donnent l’énergie de me lever ​ou au milieu de la nuit, de sauter du lit pour noter une réflexion ou idée​... Un peu comme un artiste ​musicien ​qui préfère la scène, ​par l’interaction directe qu’il a avec le public, il anime la foule à laquelle il transfère son énergie et est galvanisé en retour par celle-ci. Ainsi sont nos rapports : c’est moi, c’est l’autoportrait. D’ailleurs, quand j’ai créé le personnage principal de ​cette expo, je lui ai dessiné les vêtements que je portais ce soir-là. Je lui ai, en quelque sorte, donné une partie de moi !


T.N.L : Quelles sont les techniques que tu utilises dans tes dessins ?

G.S. : ​Je vogue entre l’encre de chine, l’aquarelle et le Bic. J’aurais pu choisir le crayon, mais avec le Bic, il y a ce côté permanent que tu ne peux pas effacer. ​Les erreurs sont définitives et au final l’ensemble n’est qu’une superposition d’erreurs. En gérant la tonalité du trait, tu maitrises les contrastes, la lumière et l’ombre. Tu dois travailler longuement pour faire ressortir les détails. La patience est de mise pour aboutir à un résultat ! Pour moi, c’est aussi une sorte de jeu, car je ne sais jamais, au départ, à quoi va ressembler le tableau final. L’attitude des personnages, leur gestuelle... tout est improvisé ​excepté celles inspirées d’autres artefacts. Pour certains personnages, j’exagère, je joue avec les compositions, je mets plus d’accent sur les détails, je m’octroie une certaine liberté́. Ce que je cherche à exprimer dans mes compositions est l’intensité́, l’énergie ​et le dynamisme des rapports très étroits que j’entretiens avec mes personnages. Rien n’est figé, tout est en perpétuelle évolution.


T.N.L : Quelles sont tes sources d’inspiration ?

G.S. : Aujourd’hui, je continue à m’inspirer du monde qui m’entoure pour créer. Dans le processus créatif, il est essentiel de se questionner. ​Tu dois penser tout sur les personnages. Cela va de son nom à son caractère, de ses forces à faiblesses, jusqu’aux vêtements qu’il porterait ! Il m’est arrivé d’avoir certains personnages dans mes rêves ou pour d’autres de m’arrêter au rayon parfumerie d’une galerie marchande afin de consulter des senteurs qui leur conviendraient !

Tu t’intéresses aussi ​aux idées et pensées, ​à l’architecture, la cuisine à l’environnement. Tu vois d’autres manières d’approcher les choses, de penser l’énergie, ​les matériaux, les matières​ ​, la technologie ​et l’espace...


T.N.L : Et puis, il y a ce moment où l’on montre son travail aux autres...

G.S. : Présenter ton travail est très motivant car tu rencontres des gens, et ces échanges amènent toujours des questionnements, souvent très justes, qui te font te remettre en question et repenser les choses. C’est bénéfique. L’art, en général, est pour moi un bon moyen de découvrir le monde. ​Ces deux dernières années, j’ai pas mal exposé à Bruxelles. À chaque exposition, mes compositions évoluent. Généralement je reste sur place pour travailler sur une nouvelle œuvre que je présente dans les derniers jours ​ou à l’exposition suivante. J’aime être là, pour rencontrer des gens, pour leur montrer le processus de travail et échanger avec eux.


Melissa Collignon

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